Le gouvernement veut « doubler le soutien » à l’électrification
Le Premier ministre Sébastien Lecornu vient de dévoiler plusieurs mesures phares du futur plan national d’électrification. Celles-ci concernent principalement les secteurs clés du logement et des transports.
C’était une promesse annoncée par le gouvernement français en février dernier lors de la publication de la PPE3 : la France se dotera d’ici l’été d’un plan détaillé d’électrification articulé notamment autour des bâtiments, de l’industrie et des transports. Dans le contexte de la flambée des prix des hydrocarbures générée par le conflit autour du Golfe persique, le Premier ministre Sébastien Lecornu a tenu à en dresser les premiers contours à l’occasion d’une allocution aux Français prononcée depuis le perron de Matignon.
En préambule, le Premier ministre a dit vouloir « tirer les leçons » de la crise générée par la fermeture du détroit d’Ormuz. « L’énergie n’est pas seulement un marché. C’est un enjeu de sécurité nationale, un rapport de force. Quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons les crises des autres » a déclaré M. Lecornu. « Aujourd’hui, 60 % de notre consommation d’énergie reste d’origine fossile alors même que nous produisons plus d’électricité que nous n’en consommons et que cette électricité est trois fois moins chère que le pétrole » a-t-il poursuivi, évoquant un « non-sens ».
Les chaudières à gaz bannies des constructions neuves dès 2027
Pour « électrifier la France » et « la rendre plus indépendante », Sébastien Lecornu a donc en partie levé le voile sur le futur plan national d’électrification. Première annonce : un doublement des moyens avec un soutien annuel passant de 5,5 à 10 milliards d’ici à 2030. Dans un contexte budgétaire serré imposant de réduire le déficit, le Premier ministre a assuré que « cela ne se fera pas avec de l’argent nouveau mais en utilisant mieux l’argent des Français ». À cet effet, différentes aides publiques seront donc réorientées vers l’électrification, tout comme les CEE (certificats d’économie d’énergie) qui ne mobilisent pas d’argent public. De quoi rassurer sur le financement et donc la pérennité du plan à venir.
Sans entrer dans le détail du contenu de ce dernier, M. Lecornu en a livré les grandes lignes. Première annonce concernant le logement : installer des chaudières à gaz dans des constructions neuves sera interdit dès 2027. Le Premier ministre a par ailleurs assuré que « l’électrification sera spécifiquement accélérée, organisée, financée » pour le logement social. Traduction concrète : 2 millions de logements sociaux sont appelés à sortir du gaz d’ici à 2050. Sébastien Lecornu veut y voir la marque d’un « changement d’échelle ».
Coup de boost en vue pour les pompes à chaleur
Changement d’échelle également avec l’objectif d’installation de 1 million de pompes à chaleur de fabrication française par an d’ici à 2030. « Ces pompes à chaleur permettent de diminuer par deux le coût du chauffage (…) C’est une filière nationale d’avenir avec des dizaines de milliers d’emplois à la clé » a loué le numéro 2 de l’exécutif. Au global, dans le secteur du logement, Matignon table sur le remplacement de 85 TWh de gaz par « de l’énergie purement française », ce qui équivaudrait à une réduction de -20 % des importations françaises de gaz. En 2024, la France importait principalement ce dernier de Norvège (40 %), des États-Unis (21 %), de Russie (18 %) et d’Algérie (11 %).
Accélérer l’électrification du parc automobile
Le deuxième volet du plan abordé par Sébastien Lecornu le 10 avril concerne les transports et la question de la dépendance au pétrole. Si l’approvisionnement du pays se fait bien plus auprès de pays africains (38,1 %) que de ceux du Moyen-Orient (11,9 %), la France n’a pas été épargnée par l’envolée des prix du pétrole. Un problème dont une partie de la population semble actuellement prendre la mesure, comme en témoignent les records de ventes de véhicules électriques en Europe au mois de mars. Mais pour accélérer l’électrification du transport routier, il faut là encore « changer d’échelle » selon le premier ministre, qui a fixé un objectif précis : « D’ici 2030, deux voitures neuves sur trois devront être électriques ».
Le prix à l’achat d’un véhicule électrique avoisinant dorénavant celui d’une voiture thermique, le Premier ministre estime que « la voiture électrique peut désormais être celle de tout le monde ». Saluant un gain « évident » voire « édifiant » pour le pouvoir d’achat, il a rappelé que « faire 100 km en véhicule électrique coûte en moyenne entre 2 et 3 euros contre 11 euros pour du diesel ». Dans le contexte actuel, Matignon y voit le moment propice pour « accélérer » avec là encore un ciblage fléché sur les ménages les plus modestes.
Sébastien Lecornu a ainsi annoncé le retour du leasing social (location à loyer modéré d’un véhicule électrique avec option d’achat) dès le mois de juin. Le dispositif reprend le même principe qu’en 2024 et 2025 : 50 000 ménages pourront bénéficier de cette aide. Le gouvernement a précisé que seuls les ménages touchant jusqu’à 2000 euros net par mois sont éligibles. Mais la nouveauté réside dans l’amplification de ce très populaire dispositif de leasing social. Pour la première fois, celui-ci sera ouvert aux professionnels dont l’activité impose de beaucoup rouler au quotidien.
Vers un élargissement du dispositif de leasing social
« 50 000 véhicules électriques supplémentaires vont être subventionnés dès 2026, notamment pour les aides à domicile, les aides soignantes, les infirmières, les artisans et plus globalement tous les salariés et agents publics de notre pays » a ainsi annoncé le Premier ministre. Des outils dédiés aux entreprises, en particulier aux PME, vont également être mis en place « avec pour la première fois des dispositifs pour les véhicules utilitaires et même les poids lourds avec des aides pouvant aller jusqu’à 100 000 euros par véhicule ».
Sébastien Lecornu a achevé son intervention en soulignant que ces annonces n’étaient que la « première étape d’une planification ». Dans les deux principaux secteurs concernés – logement et transports -, l’accueil de cette esquisse de feuille de route de l’électrification a suscité de l’enthousiasme. Arnaud Kautzmann, secrétaire général de l’Afpac (Association française pour les pompes à chaleur) a ainsi salué « l’ambition élevée » et « le réalisme » des premières mesures annoncées. Côté automobile, les deux géants du secteur, les groupes Renault et Stellantis, se sont publiquement réjouis des annonces autour du leasing social. Même satisfecit du côté de l’Union Française de l’Électricité qui appelle à une « rapide mise en œuvre » des premières mesures présentées.
Avec un soutien budgétaire accru, des objectifs ambitieux dans le logement et les transports, et un accueil favorable des acteurs de la filière, les premières mesures du plan national d’électrification semblent annoncer un tournant important pour l’indépendance énergétique de la France et la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Reste maintenant à voir si l’intégralité du plan, dont la publication est attendue avant l’été, confirmera cet élan.