Transition énergétique
8 min.

Plan d’électrification : « Une superposition de très bonnes nouvelles »

Directeur Stratégie, Innovation et Achats de Rexel et administrateur de Coédis*,  Grégoire Morineaux porte sur le plan d’électrification du gouvernement un regard à la fois enthousiaste et exigeant. Si le cap et les ambitions sont les bonnes, le mécanisme du leasing appliqué aux pompes à chaleur appelle selon lui à en préciser les contours et à en assurer la mise en oeuvre sur le terrain. 

Plan d’électrification : « Une superposition de très bonnes nouvelles »

C’est un plan tombé à point nommé. Après la publication de la PPE3 en février, et dans le contexte du choc pétrolier généré par la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, le gouvernement Lecornu a dévoilé le 23 avril un plan national d’électrification en 22 mesures. Bâtiment, transports, industrie, artisanat : la feuille de route se veut ambitieuse avec un budget rehaussé à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030. Décryptage avec Grégoire Morineaux, qui pilote la stratégie de Rexel France et siège au conseil d’administration de Coédis. 

 

Leasing pompes à chaleur : des contours à repréciser 

Rares sont les plans gouvernementaux à ne pas comporter des mesures qui peuvent être améliorées grâce à la concertation. Il y en a une qui a retenu l’attention de Coédis. Dans une réaction officielle au plan, l’organisation a pointé une « approche déséquilibrée » et appelle à la vigilance sur le dispositif annoncé de leasing appliqué aux pompes à chaleur. 

 

La réserve de Coédis tient à une réalité que les professionnels du secteur ne connaissent que trop bien : les mécanismes de soutien à la rénovation énergétique souffrent d’une instabilité chronique. Les revirements successifs sur MaPrimeRénov’ au cours des deux dernières années en sont d’ailleurs une criante illustration. Or le montage d’un dispositif de type leasing est structurellement plus complexe que celui d’une subvention. « Ajouter de la complexité sur quelque chose qui manquait déjà de stabilité, c’est ce qui nous invite aujourd’hui à être exigeants sur la mise en œuvre », résume Grégoire Morineaux.

 

Sur le fond, le principe de la mesure n’est pas remis en cause, il est même jugé « très pertinent ». « Mensualiser l’investissement dans une pompe à chaleur, de sorte que la dépense mensuelle soit inférieure à l’économie d’énergie réalisée, c’est ce que nous mettons déjà en œuvre chez Rexel. C’est ce qui permet au particulier de bénéficier immédiatement de ses économies d’énergie au lieu d’attendre plusieurs années pour récupérer la mise de départ » explique Grégoire Morineaux. 

 

C’est donc bien la question du mécanisme de financement et de sa mise en œuvre qui concentre les attentions de la fédération de distributeurs professionnels. Dès lors, quelle pourrait être la bonne alternative ? À titre personnel, Grégoire Morineaux estime que l’Etat dispose déjà d’un outil à l’efficacité éprouvée avec les prêts à taux zéro ou à taux réduit. Dans le cas de ces prêts, la gestion financière incombe à des banques et à des établissements de financement. La formule qu’il préconise est donc celle d’un État facilitateur, qui subventionne les taux d’intérêt plutôt que de gérer lui-même le modèle de financement. 

 

L’atout français de la « souveraineté électrique »  


Excepté ce point qui appelle à être éclairci, l’accueil du plan pris dans son ensemble est enthousiaste. En tant que cadre dirigeant de Rexel France, Grégoire Morineaux salue « une superposition de très bonnes nouvelles »  qui conforte « la logique que défend Rexel depuis des années ».

Nous vivons dans un pays où pratiquement 100 % de notre électricité produite est décarbonée. Tous les chiffres convergent pour dire que si on basculait au tout électrique dans tous les usages en France, nous serions autosuffisants. On a une vraie souveraineté électrique à exploiter davantage

Grégoire Morineaux

Directeur Stratégie, Innovation et Achats de Rexel et administrateur de Coédis

Ce qui le convainc le plus dans ce plan, c’est précisément le double registre sur lequel il joue : décarbonation et souveraineté. « On n’embarquera jamais tout le monde sur le seul argument climatique aussi fondé soit-il. Il faut aussi engager les enjeux économiques de nos fournisseurs et de nos clients. Et c’est en associant les deux qu’on entraînera un maximum de personnes dans le bon sens » rappelle M. Morineaux, soulignant le « pragmatisme »  du plan présenté par M. Lecornu. « La place faite au mix électrique, la valorisation du nucléaire ou la logique de rentabilité intégrée aux dispositifs de soutien sont bien sûr des signaux positifs pour un acteur dont l’activité est directement indexée sur le rythme de l’électrification en France » souligne-t-il. 

 

« On a toutes les cartes en main pour amplifier la dynamique d’électrification »  

 

Malgré des moyens limités du fait d’un contexte budgétaire sous tension en France, le plan d’électrification du gouvernement entend brasser large à travers 22 mesures qui concernent de nombreux particuliers et industriels ainsi que les professionnels de différents secteurs. Entre leasing social pour les véhicules électriques, interdiction des chaudières à gaz dans le neuf, objectif d’installation d’un million de pompes à chaleur par an en 2030 et accès facilité au réseau pour les industriels, le plan entend brasser le plus large possible. 

 

« Si dans les cinq prochaines années, on s’en tient à ce plan, ce sera déjà une très bonne nouvelle même si rien n’est garanti en raison de l’instabilité politique du pays » commente Grégoire Morineaux qui appelle toutefois à faire attention à certains angles morts. « Subventionner une industrie ou une filière de transport, on sait parfaitement le faire. C’est en revanche moins évident de mesurer le retour sur investissement des subventionnements adressés aux particuliers » souligne-t-il. Entre mécanismes de financement à préciser, contraintes budgétaires et situation politique instable, un point de vigilance reste donc à l’ordre du jour quant à l’efficacité réelle des dispositifs déployés auprès des particuliers. 

 

Grégoire Morineaux se veut toutefois optimiste. « Il est impossible de savoir ce qui va se passer dans les cinq prochaines années. Mais si on regarde les cinq dernières années, on fait le constat d’une électrification qui accélère, de filières qui se structurent et de comportements qui évoluent »  se réjouit-il. « En France, on est l’équipe qui a toutes les cartes en main pour gagner le championnat. On a la chance incroyable d’avoir tout l’environnement et l’écosystème nécessaires pour que l’accélération de ces dernières années continue à s’amplifier. Il faut simplement faire attention à ne pas trop se tirer des balles dans le pied » conclue-t-il. Un message qui sonne comme un appel à la constance politique et à la confiance dans les capacités du pays à relever le défi de l’électrification. 

 

* Créée en janvier 2022 suite à la fusion de la Fédération des Distributeurs de Matériel Électrique (FDME) et de la Fédération des Négociants en Appareils sanitaires, chauffage, climatisation et canalisation (FNAS), Coédis est l’organisation représentative de l’ensemble des entreprises de la distribution professionnelle spécialisée dans l’approvisionnement au second œuvre du bâtiment résidentiel, tertiaire, industrie. Ses 400 entreprises fournissent à plus de 200 000 professionnels du bâtiment les produits, services et équipements nécessaires à leurs activités d’installation, du neuf, de la rénovation, notamment en génie climatique, électricité, sanitaire, plomberie et chauffage.



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Mag : La France électrique

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