Énergies renouvelables
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Pourquoi la France ne peut pas se passer de l’éolien et du photovoltaïque ?

La très attendue troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) donne le cap en matière de sources de production d’électricité pour les 10 années à venir. Les objectifs de décarbonation du pays sont ambitieux. Le gouvernement parie sur un mix nucléaire-EnR, confirmant l’atout majeur de l’éolien et du photovoltaïque pour réduire la part des énergies fossiles.

Pourquoi la France ne peut pas se passer de l’éolien et du photovoltaïque ?

La France consomme aujourd’hui environ 449 TWh d’électricité par an, mais les scénarios prospectifs de RTE prévoient une hausse importante à venir. Appelant à une « décarbonation rapide », le scénario privilégié par le gestionnaire de réseau de transport national d’électricité conduirait à environ 510 TWh en 2030 et 580 TWh en 2035. Les scénarios prospectifs à horizon 2050 pourraient atteindre 700 TWh selon les hypothèses retenues. En réponse à cet enjeu, la PPE3, présentée par le Premier ministre Sébastien Lecornu le 12 février 2026, fixe une trajectoire visant notamment à accroître la production d’électricité décarbonée à l’horizon 2035.

Le gouvernement a rappelé l’enjeu : réduire la part des énergies fossiles de 60 % en 2023 à 40 % en 2030. Pour soutenir cet objectif à plus long terme, la PPE3 mise sur une relance du nucléaire avec la construction de 6 nouveaux réacteurs EPR2 pour une mise en service à horizon 2040. À plus court terme, la stratégie acte la nécessaire poursuite du développement des renouvelables, à un rythme toutefois plus modéré qu’initialement prévu, notamment concernant l’éolien terrestre. Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, a ainsi salué la clarification du gouvernement en matière d’EnR (énergies renouvelables) tout en insistant sur le caractère incontournable des filières du photovoltaïque et de l’éolien. « La filière EnR est un pilier de la réindustrialisation française. L’arrêter maintenant serait une erreur économique et stratégique », avertissait-il par ailleurs en janvier. Mais alors pourquoi ces filières sont-elles aussi primordiales ?

 

Les EnR championnes de vitesse

Lors de la présentation de la PPE3, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et énergétique, Roland Lescure, a prévenu : « pour construire un réacteur nucléaire, il faut entre 10 et 15 ans. Pour construire un parc éolien en mer, il faut 5 à 10 ans. Et pour construire un champ de panneaux solaires, il faut entre 1 et 3 ans. Nous ne pouvons pas attendre 10 à 15 ans pour être indépendants. »

La PPE3 estime que la consommation d’électricité décarbonée devra atteindre 650 à 693 TWh en 2035, contre 544 TWh en 2025. À cette échéance, le parc nucléaire actuel ne pourra pas couvrir cette hausse : sa production (57 réacteurs) est estimée dans une fourchette allant de 380 à 420 TWh en 2030. Pour rappel, les six nouveaux EPR2 seront seulement en phase de construction à ces échéances.

Les chiffres récents confirment en revanche la faisabilité d’un déploiement soutenu des infrastructures renouvelables. Selon les données de l’Ademe, reprises dans le baromètre 2025 d’Observ’ER, la France a raccordé 6,16 GW de capacités renouvelables au cours des neuf premiers mois de l’année 2025. Un record porté à hauteur de 73 % par le photovoltaïque. Fin 2025, le parc renouvelable approchait ainsi 89,1 GW, le solaire dépassant désormais l’hydraulique.

Un contexte de forte croissance loin d’être isolé. Nicolas Fulghum, analyste de données senior chez Ember et coauteur du rapport Global Electric Review 2025, note à propos de la situation à l’échelle mondiale : « L’énergie solaire double à peu près tous les trois ans depuis plus d’une décennie. Normalement, lorsque les technologies atteignent cette échelle, leur taux de croissance ralentit. Mais l’énergie solaire a continué à croître. » Le rapport d’Ember relève ainsi qu’en moins de 10 ans, parmi toutes les sources d’électricité, le solaire est celle qui a atteint le plus rapidement la génération de 2 000 TWh d’électricité dans le monde.

 

Nucléaire et EnR : deux jambes pour une même ambition

Lors de son discours de présentation de la PPE3, le ministre Roland Lescure a insisté sur l’impératif de s’appuyer dans un même mouvement sur les filières du nucléaire et des énergies renouvelables pour accompagner la décarbonation du mix énergétique français. « Il nous faut avancer sur les deux jambes » a ainsi déclaré M. Lescure. Une stratégie qui se résume en d’autres termes à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et à ne négliger aucun outil utile à la décarbonation.

Comme annoncé depuis le discours de Belfort prononcé par Emmanuel Macron en 2022, le nucléaire restera la colonne vertébrale du mix électrique français. Patrie européenne historique de l’atome, la France compte sur le nucléaire pour sa pilotabilité et sa disponibilité en continu, qui apportent inertie, maintien de la tension et réserves indispensables au bon équilibre du système. Ce socle apparaît ainsi comme une base fiable lorsque la nuit tombe ou que les vents faiblissent, permettant d’éviter les à-coups, de sécuriser le réseau et de garantir un accès continu à une électricité bas-carbone abondante.

Les énergies renouvelables, rapides à déployer et capables d’apporter d’importants volumes d’électricité à faible coût marginal, constituent le complément idoine à cette base. Leur production varie certes selon l’heure et la météo, générant des moments d’abondance estivale et des creux nocturnes. Mais cette intermittence, loin d’être un obstacle insurmontable, appelle au développement des outils de flexibilité : stockage par batteries, pilotage de la demande, interconnexions. RTE y voit une opportunité à saisir. La Commission de régulation de l’énergie mise par exemple sur les EnR pour alimenter les pompes à chaleur, les véhicules électriques et les batteries, aux heures où les EnR produisent plus que la demande.

C’est ce système à deux jambes qui est appelé à soutenir la vague massive d’électrification dont le pays a besoin pour se décarboner. Ce qu’illustre parfaitement le propos de Roland Lescure à propos d’ArcelorMittal, le géant de l’acier aux commandes des sites très polluants de Dunkerque et de Fos-sur-Mer : « ArcelorMittal, c’est 13 % des émissions de CO2 de l’industrie, au gaz et au charbon. Ils ont investi dans un premier four électrique qui consomme l’équivalent de 22 éoliennes offshore. (…) Nous allons continuer à l’aider. Cette semaine, nous avons annoncé 1,6 Md€ supplémentaires pour accélérer l’électrification et la décarbonation de sites industriels (aciéries, cimenteries, alumineries partout en France). »

 

Une filière industrielle structurée, créatrice d’emplois et souveraine

La montée en puissance des renouvelables a permis de créer une chaîne industrielle nationale solide. Selon l’Observatoire de France Renouvelables, le photovoltaïque représentait près de 49 500 équivalents temps plein (ETP) en 2024, avec une trajectoire pouvant atteindre environ 119 800 ETP en 2030. L’éolien terrestre a atteint 25 600 ETP en 2024, tandis que l’éolien en mer progresse fortement, avec des capacités industrielles en construction portant plusieurs milliers d’emplois supplémentaires. 

Anne-Catherine de Tourtier, présidente de France Renouvelables, précise qu’en 2025, « les EnR ont produit 44,5 TWh, soit 57 % de la production énergétique du service public de l’énergie, tout en représentant moins de 15 % de son budget total », et que « le prix moyen de l’électricité en 2025 est tombé à 57 €/MWh », effet direct des économies d’échelle des filières. Le rapport indique un chiffre d’affaires du photovoltaïque en 2024 à 7 milliards d’euros, et de l’éolien en mer à 4 milliards d’euros, tout en mettant en avant des progrès industriels et de recyclage, des programmes de recherche et développement et des investissements structurants.

Jules Nyssen, président du SER, abonde en ce sens : « les analyses menées par RTE nous démontrent aujourd’hui qu’il est essentiel de ne pas sacrifier le long-terme au court-terme. […] Cette situation d’abondance de production doit être vue comme une opportunité ». La filière des EnR est unanime : les avancées majeures des cinq dernières années ont créé de la valeur et des emplois, et il faut poursuivre l’effort pour consolider l’industrie.

 

Un mix diversifié pour un avenir résilient

La PPE3 a confirmé ce que les rapports des filières EnR et le bilan prévisionnel 2025 de RTE établissaient déjà : les EnR sont complémentaires au nucléaire, mettant ainsi fin à ce que Jules Nyssen a surnommé « la guerre des religions ». Le président du SER a salué « l’équipe de France des énergies » ainsi formée.

Les Français soutiennent massivement ces solutions : 84 % d’entre eux ont une bonne image des énergies renouvelables. Cette adhésion constitue un socle favorable, mais la transition ne se fera pas sans décisions politiques courageuses : soutien à l’électrification industrielle, accompagnement des ménages, déploiement des infrastructures de recharge. Les choix des prochaines années seront déterminants pour tenir le cap de la décarbonation.

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Mag : La France électrique

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