- Énergies renouvelables
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de l’électrification
En 2025, les énergies renouvelables ont dépassé le charbon dans la production mondiale d’électricité. Un seuil historique, documenté par le think tank Ember, qui marque une rupture dans la trajectoire du système énergétique mondial.
Près de 100 ans. C’est le temps qu’il a fallu attendre pour que la part des énergies renouvelables dépasse celle du charbon dans le mix électrique mondial. En 1919 – un tout autre temps en matière d’énergie -, l’hydroélectricité était très brièvement passée devant le charbon, énergie phare de la Révolution industrielle, mais celui-ci avait très vite repris la main. Pour ne plus la lâcher… jusqu’en 2025.
Selon la septième édition de la Global Electricity Review (Revue mondiale de l’électricité), publiée le 21 avril par Ember, groupe de réflexion mondial de référence sur l’énergie, les renouvelables (solaire, éolien, hydraulique et bioénergie) ont représenté 33,8 % de la production mondiale d’électricité l’année dernière contre 33,0 % pour le charbon, source d’énergie la plus émettrice de gaz à effet de serre. Si l’écart est mince, il s’inscrit dans une tendance durable de déclin du charbon dont la part était encore de 34,4 % en 2024 et de 40,8 % en 2007. Compte tenu du taux de croissance des renouvelables dans la production d’électricité (de 23 % en 2015 à 33,8 % l’an passé), un retournement de situation est désormais très improbable.
« Nous sommes fermement entrés dans l’ère de la croissance propre », a déclaré Aditya Lolla, actuel directeur général par intérim d’Ember. « L’énergie propre se déploie désormais assez vite pour absorber la hausse de la demande mondiale d’électricité, maintenant la génération fossile à plat avant son inévitable déclin. Ce que nous observons n’est plus seulement une ambition : c’est en train de devenir une réalité structurelle » s’est-il félicité.
Derrière ce basculement, une technologie écrase tout le reste : le photovoltaïque. En 2025, la production solaire mondiale a bondi de 636 TWh, soit une hausse de 30 %, pour atteindre 2 778 TWh. À titre de comparaison, c’est l’équivalent de la consommation électrique annuelle de l’ensemble des 27 pays de l’Union européenne.
À lui seul, le solaire a ainsi couvert 75 % de la croissance mondiale de la demande d’électricité en 2025. En ajoutant l’éolien, ces deux sources ont assuré la quasi-totalité (99 %) de la hausse. Il s’agit là d’une véritable bascule par rapport au modèle qui a dominé le système électrique mondial depuis ses origines : jusqu’au milieu des années 2010, les fossiles répondaient en effet à la quasi-totalité de la croissance de la demande.
La montée en puissance du solaire est le fruit d’une décennie de croissance exponentielle : depuis 2015, la production solaire mondiale a été multipliée par plus de dix et double environ tous les trois ans. En 2025, elle a pour la première fois dépassé l’éolien au niveau mondial, et fait désormais quasiment jeu égal avec le nucléaire.
« Le solaire est désormais le moyen le moins cher de produire de l’électricité dans la plupart des pays du monde » rappelle Adair Turner, co-président de l’Energy Transitions Commission, une coalition mondiale de dirigeants du secteur énergétique. « C’est une révolution inarrêtable, portée par des technologies fondamentalement supérieures » a-t-il ajouté.
Le solaire a toutefois un talon d’Achille bien connu : il ne produit que le jour. Mais là encore, un tournant se profile à l’horizon, celui des batteries. Celles-ci permettent en effet de stocker l’électricité produite en journée pour l’utiliser plus tard. Or, en 2025, le coût des batteries s’est effondré. Conséquence : le déploiement mondial a explosé de +46 % par rapport à l’année précédente. Résultat, dans certains pays, notamment au Chili et en Australie, les capacités de batteries installées l’année dernière permettraient théoriquement de décaler plus de la moitié de la nouvelle production solaire en dehors des heures d’ensoleillement.
Mais la poussée qui place désormais les renouvelables devant le charbon n’est pas le seul enseignement majeur à tirer de l’évolution du mix électrique en 2025. Se cache aussi derrière cette mutation un fait remarquable : le déclin de la demande fossile en Chine et en Inde. Soit précisément les deux pays qui tiraient depuis 20 ans la croissance des énergies fossiles dans le mix électrique mondial.
En Chine, la production d’électricité fossile a en effet baissé de 56 TWh (-0,9 %) l’an dernier alors même que la demande totale progressait de +5 %. Dans le même temps, le solaire chinois affiche un taux de croissance de +40 % en un an. La Chine a ainsi installé à elle seule 378 GW de capacité solaire, soit plus que la totalité du parc solaire américain.
En Inde, le recul des fossiles a été encore plus marqué en valeur relative : – 52 TWh (-3,3 %). Un résultat obtenu alors que le pays le plus peuplé au monde a installé un nombre record de capacités solaires et éoliennes. 2025 était ainsi la première année de ce siècle où la production d’électricité d’origine fossile a reculé simultanément dans les deux plus grands émetteurs du secteur électrique mondial.
Si les données rapportées par Ember sont enthousiasmantes, elles ne doivent pas dissimuler le reste du tableau. Le secteur de la production d’électricité représente 21 % de la consommation énergétique mondiale. Or, les énergies fossiles continuent de largement dominer les secteurs du transport, de l’industrie et du chauffage. L’inflexion observée dans le mix électrique demeure ainsi insuffisante pour contrer la hausse des émissions de gaz à effet de serre. En 2025, les émissions de CO2 ont augmenté de +0,4 % selon l’AIE, loin des baisses nécessaires pour tenir les objectifs climatiques.
Par ailleurs, le charbon reste, en valeur absolue, la première source de production d’électricité au monde. En Asie, il représente encore une part écrasante de 52 % de la production. En parallèle, les États-Unis de Donald Trump s’inscrivent à rebours de la tendance mondiale avec une production à base de charbon en hausse de +13 %. De manière plus générale, la production issue de l’ensemble des combustibles fossiles dans le monde reste globalement stable.
En d’autres termes, pour l’instant, l’essor des renouvelables permet essentiellement de décarboner la hausse de la demande en électricité. Une première victoire qui en appelle d’autres. Pour Nicolas Fulghum, auteur du rapport Ember, nous sommes ainsi « au milieu de la transition ». « Dans 5 à 10 ans, nous passerons d’une situation où les énergies propres répondent à la nouvelle demande, à une situation où elles permettront de réduire la production d’énergie fossile » estime l’expert. Si la ligne d’arrivée semble encore bien loin, la course continue et confirme l’orientation de son cap dans une meilleure direction.