Électrification des usages : quelle perception des Français ?
Parce qu’elle permet de substituer les énergies fossiles qui contribuent au réchauffement de la planète, l’électrification des usages est l’une des pierres angulaires de la transition écologique. Mais que pensent les Français de ce grand mouvement qui fait son œuvre à bas bruit ? Une enquête OpinionWay pour Rexel lève le voile sur le rapport que le grand public et les artisans entretiennent avec cet enjeu clé.
Electrification des usages, une notion mal connue par les Français
Premier enseignement de l’enquête OpinionWay : un important travail de pédagogie reste à faire pour aider l’électrification à sortir du nid des initiés. En effet, seuls 25 % des sondés affirment avoir déjà entendu ou lu le terme « électrification des usages » et ils ne sont que 9 % à en connaître précisément la signification. Toutefois, après explication du terme, 75 % s’y déclarent favorables. Preuve supplémentaire de l’ampleur de la tâche pour combler un déficit de connaissances, près de la moitié des personnes interrogées (48 %) pensent, à tort, que la baisse des émissions de carbone peut se faire sans électrification des usages.
Pourtant, 93 % des Français constatent au moins un bénéfice à l’électrification, en particulier une amélioration de la qualité de l’air (78 %) et une transformation de leur mode de consommation (74 %). Ils sont en revanche une moitié seulement à considérer que l’électrification permet de créer de l’emploi (57 %) ou à envisager qu’elle puisse réduire le coût de leur facture énergétique (48 %).
Qu’en est-il de la perception des artisans sur l’intérêt des Français pour l’électrification ? Ils les jugent très majoritairement ouverts (74 %) mais une proportion non négligeable d’un quart (25 %) estiment que les Français sont réticents à l’électrification des usages. Dans le détail, d’après les artisans, c’est sur le développement des pompes à chaleur (37 %) que les Français seraient le plus ouverts. En revanche, ils sont 58 % à estimer que les Français sont réticents à la généralisation des véhicules électriques.
25%
des Français connaissent le terme « électrification des usages ».
93%
identifient au moins un bénéfice concret à cette démarche.
Réduire sa consommation d’énergie, une priorité pour les Français
Lorsqu’on interroge les Français sur leurs motivations à électrifier leur quotidien, le tableau est lui aussi sans ambiguïté. La réduction de leur consommation énergétique arrive en tête (45%), suivie de près par l’attrait d’une énergie moins onéreuse (44%).
Le confort d’utilisation constitue un argument secondaire (29%), suivi de l’argument écologique de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (18%) – un signal préoccupant qui questionne l’efficacité des discours environnementaux.
L’enquête a également sondé les participants sur leur connaissance des acteurs de l’électrification. 66 % d’entre eux avouent ne pas savoir à qui s’adresser pour entamer une démarche d’électrification d’un usage quotidien. Parmi les acteurs qu’ils identifient, ils citent d’abord un fournisseur d’énergie, en particulier EDF (20 %). Ils sont seulement 2 sur 10 à se tourner vers une entreprise spécialisée, dont 16 % qui mentionnent un artisan. Les pouvoirs publics ne sont identifiés comme acteurs que par 11% des participants, l’État lui-même ne recueillant qu’un maigre score de 5%.
Perception des rôles dans l’électrification : un décalage révélateur
La transition électrique révèle un curieux jeu de miroirs déformants. Les citoyens, acteurs pourtant incontournables, ne se perçoivent pas comme tels – à peine un tiers d’entre eux (33 %) reconnaît son rôle dans le mouvement d’électrification des usages – quand 63% des artisans-installateurs leur attribuent une place centrale.
Ironie du sort, les artisans minimisent eux aussi leur position stratégique : à peine 58 % estiment jouer un rôle important, alors qu’ils constituent la courroie de transmission entre les politiques énergétiques et leur mise en œuvre concrète dans les foyers français.
Face à ce flou des responsabilités, artisans comme particuliers s’accordent néanmoins sur un point : près de 70 % des sondés désignent l’État et les entreprises comme premiers responsables des efforts à fournir pour l’électrification.
45%
Des Français ont pour motivation la réduction de leur consommation énergétique.
66%
d'entre eux avouent ne pas savoir à qui s'adresser pour entamer une démarche d'électrification.
70%
désignent l’État comme principal acteur à mobiliser.
Perceptions et réalités de l’électrification : une même carte contrastée
Interrogés sur les moyens les plus simples de favoriser l’électrification, les Français dessinent une hiérarchie claire : s’impose d’abord l’optimisation de l’éclairage dans les bâtiments (38%), suivie de près par le photovoltaïque (34%). Plus révélateur encore, ce classement des perceptions relègue les pompes à chaleur à une position modeste (17%), tandis que la mobilité électrique occupe le dernier rang avec un score éloquent – à peine 10% des répondants.
Une cartographie des perceptions qui trouve écho dans l’équipement réel des foyers. L’éclairage LED s’est imposé massivement (82 %), suivi par le chauffe-eau électrique (55 %). Mais un fossé se creuse ensuite : pompes à chaleur (25 %), véhicules électriques (20 %), systèmes domotiques (20 %) et panneaux photovoltaïques (17 %) restent l’apanage d’une minorité.
Dans le détail des freins à l’adoption des technologies d’électrification, les trois quarts des sondés jugent que les véhicules électriques sont trop chers. L’argument du coût prime également pour les panneaux photovoltaïques (44%) et les pompes à chaleur (41%). L’utilité perçue constitue un autre obstacle majeur : 47% des sondés estiment qu’un chauffe-eau électrique ne leur serait pas utile. Une proportion qui monte à 50% dans le cas des équipements domotiques, qui restent par ailleurs peu identifiés comme vecteurs d’économies d’énergie.
Un fort besoin d’accompagnement
Dans ce paysage énergétique en mutation, les Français ne masquent pas leur désorientation. Leurs attentes se déclinent en besoins concrets et pragmatiques : plus d’un quart d’entre eux (26%) réclament un éclairage expert pour sélectionner les équipements adaptés à leur situation, et ils sont presque aussi nombreux (24%) à souhaiter une clarification des offres disponibles et des acteurs du marché.
En résumé, il apparaît que l’électrification des usages reste encore un enjeu relativement méconnu par les Français. Ils identifient mal ce que recouvre ce terme et peinent à percevoir le rôle qu’ils peuvent jouer ainsi que les bénéfices qu’ils peuvent en tirer. Par ailleurs, une vraie inquiétude se cristallise autour de la question des véhicules électriques. Leur coût apparaît comme prohibitif et les artisans sont une majorité à percevoir une réticence des Français sur cette question. Si l’enquête souligne sans surprise un important besoin en accompagnement, elle témoigne surtout de l’impératif d’un travail de pédagogie et de démystification pour lever les doutes et atténuer un manque de connaissances qui pourrait freiner la bonne marche de l’électrification et de ses enjeux.
* Échantillon de 501 artisans du secteur de l’électrification, représentatif des entreprises du secteur. Les interviews ont été réalisées du 25 février au 25 mars 2025.
Electrification des usages, de quoi
parle-t-on ?
L’électrification des usages désigne le processus de remplacement des technologies utilisant des combustibles fossiles par des solutions électriques dans le secteur résidentiel, commercial et industriel. Selon Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE, le gestionnaire français du réseau de transport d’électricité, « l’électrification des usages en France est un défi industriel et sociétal à mener de concert et en urgence si nous voulons atteindre nos objectifs » de décarbonation.