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Comment recharger son véhicule lorsque l’on est loin de chez soi ? Pour répondre à cette question, qui est aussi un frein à l’adoption en masse de la voiture électrique, les fabricants ont développé une réponse simple et efficace : le Plug and Charge. Explications.
Le Plug and charge fonctionne sur le modèle du « plug and play » (branche et joue), soit la technique qui permet à l’utilisateur de connecter son appareil et de pouvoir l’utiliser dans la foulée, sans devoir le configurer ou installer des logiciels au préalable. Ici, le conducteur peut brancher sa voiture à une borne extérieure et la charger, sans présenter de cartes d’abonnement ou de moyen de paiement. Le conducteur sera facturé automatiquement depuis son compte véhicule.
Ce protocole repose sur la norme ISO 15118, soit une interface de communication véhicule-réseau bidirectionnelle. Elle permet à un véhicule de s’identifier automatiquement auprès d’une borne de recharge compatible. Cette transaction frictionless (sans besoin d’authentification forte) repose sur la collaboration de plusieurs acteurs : le constructeur véhicule, l’opérateur de la borne de recharge et un fournisseur de services de mobilité électrique. Ces derniers proposent des abonnements de carte de mobilité, comprenant notamment un contrat de recharge.
Dans la plupart des cas, le conducteur devra configurer une première fois sa voiture pour qu’elle soit compatible avec un opérateur donné. Certains constructeurs, à l’instar de Ford, permettent de faire cette configuration directement depuis le véhicule. D’autres, comme Porsche, permettent d’installer le contrat Plug and charge lors d’un premier branchement à une borne d’un réseau opérateur – le véhicule les reconnaîtra ensuite automatiquement. Les bornes supercharger Tesla nécessitent, elles, l’installation d’une application Tesla. Longtemps réservées à la marque, les superchargeurs s’ouvrent progressivement aux véhicules non Tesla. Selon Ekwateur, en septembre 2024, plus de 80% d’entre eux étaient désormais compatibles avec les autres marques de voitures électriques en France.
Tesla développe ses superchargeurs depuis 2012 et dispose aujourd’hui de 75 000 bornes dans le monde, selon le site officiel, dont 1500 en France réparties sur 120 stations. Principal opérateur indépendant de recharge pour véhicules électriques en France, Freshmile gère 35 000 points de charge dédiés aux entreprises et collectivités. Filiale de Rexel, Freshmile travaille en étroite collaboration avec la plateforme d’itinérance Gireve pour accélérer le déploiement du Plug and charge en France.
Parmi les opérateurs bien connus des automobilistes VE, figure notamment Izivia, filiale d’EDF depuis 2018, IONITY, Electra, Powerdot ou encore Atlante. Forts de leur maillage en stations-services notamment sur les aires d’autoroute, TotalEnergies, Shell ou encore BP sont également devenus des opérateurs de bornes. Les enseignes de grande distribution profitent elles de leurs vastes surfaces de parking pour installer et opérer des bornes. C’est le cas notamment de Carrefour, associé à Allego, et de Lidl, qui compte des bornes réparties sur près de 4500 points de charge, selon Chargemap.
Le protocole est encore en déploiement tant chez les constructeurs automobiles que chez les opérateurs de bornes de recharge. Si la technologie est fluide du côté des utilisateurs, la gestion des contrats est complexe et peut être coûteuse à maintenir. Étant donné la diversité d’acteurs, l’interopérabilité – et donc la mise en place d’un cadre commun – est en enjeu de taille. La technique, par sa facilité d’utilisation et sa sécurité, est néanmoins une piste d’avenir pour l’adoption large des véhicules électriques. Pour les modèles n’étant pas encore équipés de l’ISO 15118, certains pourront être mis à jour via une mise à jour logicielle OTA (Over-The-Air), tandis que les véhicules plus anciens devront se contenter de solutions alternatives comme l’Autocharge, moins sécurisées.
En France, selon le baromètre Avere-France et du Ministère de la Transition écologique, le pays comptait 185 501 points de recharge ouverts au public fin décembre 2025, soit une augmentation de 20% sur un an. Depuis le début de l’année 2025, 30 807 nouveaux points de recharge ont été déployés sur l’ensemble du territoire. Le réseau affiche désormais 275 points de recharge pour 100 000 habitants en moyenne, avec un taux d’accès immédiat maintenu à 95%.
La liste des modèles compatibles s’élargit régulièrement avec l’adoption croissante de la technologie par les constructeurs. Parmi les marques proposant cette fonctionnalité, figurent notamment Tesla, Renault (Renault 5 E-Tech, Renault 4 E-Tech), Nissan (Leaf 2026) ou encore Volkswagen (gamme ID.).
L’évolution actuelle est rapide : certains constructeurs déploient la fonctionnalité progressivement sur leurs nouveaux modèles ou via des mises à jour logicielles sur les véhicules existants.
Au-delà de la simplicité d’utilisation, le Plug and charge présente plusieurs avantages décisifs :
Cependant, quelques limites persistent à ce stade : tous les opérateurs ne sont pas encore équipés, la mise en œuvre technique reste complexe et coûteuse, et la protection des données personnelles doit être garantie par des mesures de cybersécurité strictes.
Le règlement européen AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation) devrait accélérer considérablement le déploiement. Depuis le 8 janvier 2026, les nouvelles bornes de recharge rapide publiques AC et DC installées ou rénovées doivent être conformes aux normes EN ISO 15118-1 à -5. Cette obligation réglementaire devrait inciter les constructeurs automobiles à équiper massivement leurs véhicules de cette technologie.
Elle devrait aussi mécaniquement accélérer l’adoption du Plug and charge, tant du côté des infrastructures que des constructeurs automobiles qui devront équiper leurs véhicules pour rester compétitifs.
La norme ISO 15118 ne se limite pas au Plug and charge. Elle ouvre également la voie à la recharge bidirectionnelle, aussi appelée Vehicle-to-Grid (V2G). Ce système permet aux véhicules électriques de restituer de l’électricité au réseau lors des pics de consommation, transformant ainsi chaque voiture en unité de stockage mobile. Cette fonctionnalité, encore expérimentale, pourrait révolutionner la gestion des réseaux électriques et optimiser l’intégration des énergies renouvelables.
Le Plug and charge représente une avancée majeure pour démocratiser la voiture électrique. En gommant l’une des principales frictions de l’expérience utilisateur – la complexité de la recharge publique –, cette technologie rapproche un peu plus la recharge électrique de la simplicité d’un plein d’essence traditionnel. Avec l’obligation réglementaire européenne de 2026 et l’engagement croissant des constructeurs et opérateurs, le Plug and charge devrait rapidement devenir la norme, contribuant ainsi à accélérer la transition vers l’électro-mobilité.