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Émissions de CO2 en France : où en sommes-nous en 2026 ?

Le Haut Conseil pour le Climat (HCC) revient dans son rapport annuel 2026 sur la politique climatique de la France et les résultats obtenus. Si le pays continue de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, le rythme ralentit et les efforts à venir devront s’accélérer significativement, secteur par secteur.

Émissions de CO2 en France : où en sommes-nous en 2026 ?

En 2025, la France a émis 359 millions de tonnes de CO2 équivalent (Mt éqCO2), selon les pré-estimations du Citepa (Centre Interprofessionnel Technique d’Études de la Pollution Atmosphérique). Il s’agit du niveau le plus bas enregistré depuis 1990. La trajectoire est donc bien là, mais elle marque le pas : la baisse n’est que de 2,1 % entre 2024 et 2025, contre 3 % l’année précédente et 6,8 % en 2023. Or, pour rester dans les clous du 3e budget carbone (2024-2028), il faudrait au moins doubler le rythme de réduction, pour atteindre plus de 4 % de baisse par an d’ici 2028. Autant dire que les efforts de décarbonation sont encore largement reportés sur les prochaines années.

Et si la baisse marquée des émissions de gaz à effet de serre observée au 1er trimestre 2026 dans l’Hexagone paraît être de bon augure, elle est en grande partie conjoncturelle, notamment en lien avec la douceur de l’hiver qui a limité les besoins en chauffage. 

 

Les transports, invariable premier poste d’émissions

Avec 34 % des émissions territoriales brutes (122,9 Mt éqCO2 en 2025), les transports restent de loin le principal levier à activer. Les émissions du secteur ont baissé de 1,9 % entre 2024 et 2025 : un progrès, mais une baisse 2,4 fois plus forte sera nécessaire en 2026 pour rejoindre la trajectoire de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3). 

Le Haut Conseil pour le Climat se félicite de voir que « les instruments sur l’électrification des véhicules ont gagné en cohérence et en efficacité ». En revanche, l’organisme indépendant note que des efforts restent à faire concernant les infrastructures ferroviaires, de transport en commun et de mobilité active pour « être à la hauteur des besoins et réduire structurellement l’exposition aux chocs sur les prix de l’énergie ».

Par ailleurs, les rejets de l’aviation internationale, qui ont dépassé leur niveau d’avant le Covid-19, reste un point noir. Le HCC pointe dans ce cas « un manque de cohérence entre objectifs climatiques et certains objectifs sectoriels ». 

 

Le bâtiment, un chantier qui doit s’accélérer

Représentant 15 % des émissions, le secteur du bâtiment a réduit ses rejets de 2,1 % en 2025 soit bien en deçà de la moyenne de 5 % observée ces cinq dernières années. La quasi-totalité de ces émissions (82 %) est liée à la consommation d’énergies fossiles pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire. Les décrochages sur la rénovation et les installations de pompes à chaleur inquiètent le HCC, qui appelle à un rythme de baisse des émissions 2,6 fois plus élevé que celui observé entre 2023 et 2024.

« La massification de la rénovation énergétique demande un engagement sur le long terme, de la clarté et des professionnels organisés »  écrit le HCC dans une présentation, déplorant que « l’instabilité des dispositifs nationaux », comme MaPrimeRenov’, « impacte la crédibilité et la lisibilité » de la politique de rénovation énergétique et « freine la transition des acteurs économiques ». L’organisme indépendant note également que « la réorientation politique via le plan d’électrification ne doit pas se faire au détriment d’une ambition forte en matière d’efficacité énergétique et de sobriété ».

 

L’industrie, bonne élève de 2025

Bonne nouvelle du côté de l‘industrie : ses émissions ont reculé de 5,2 % en 2025 (58,4 Mt éqCO2), avec des performances marquées dans la chimie (-9,8 %) et la métallurgie des métaux ferreux (-7,6 %). Le HCC tempère néanmoins ce bilan : une partie de ces baisses est liée à une réduction de la production industrielle plutôt qu’à une véritable décarbonation structurelle. Pour que ces résultats soient durables, l’instance note que les projets de décarbonation industrielle devront être stabilisés et accélérés.

 

Agriculture : inquiétant statut quo

L’agriculture (21 % des émissions) reste le secteur dont le rythme de baisse est le plus insuffisant : à peine -0,7 % en 2024, quand la SNBC-3 en attend 3,4 fois plus. Surtout, le HCC éreinte des politiques agricoles qui « sont de moins en moins cohérentes avec les politiques climatiques », s’alarmant de nombreux reculs. 

Côté énergie (9 %), la tendance s’est légèrement inversée (+0,6 %), en raison d’une hausse des émissions du raffinage pétrolier. Le HCC note également que les objectifs de production renouvelable ne sont pas atteints pour la plupart des énergies.

Un satisfecit toutefois au regard de l’actualité de 2026 : la réponse au choc pétrolier généré par le conflit en Iran a été beaucoup plus ciblée qu’en 2022 lors de la crise énergétique qui a suivi la guerre en Ukraine. En conséquence, le HCC relève « moins d’impacts climatiques et budgétaires »  tout en réduisant «  la vulnérabilité des acteurs dépendant le plus des énergies fossiles ».

 

Des efforts à amplifier pour rattraper le retard

Le rapport 2026 du HCC le confirme : la France possède une feuille de route (la SNBC-3), un cadre sectoriel, et des résultats de baisse réels de ses émissions. Mais la dynamique doit sérieusement s’amplifier. Pour le HCC, l’enjeu est désormais de transformer des tendances prometteuses en accélération structurelle et d’éviter que les reculs politiques récents observés sur la rénovation ou la planification écologique ne fragilisent une trajectoire encore encore très mal assurée. 

 

Qu’est-ce que le Haut conseil pour le climat ? 

Le Haut conseil pour le climat, dit HCC, est une instance indépendante créée par Emmanuel Macron et installée en novembre 2018. L’organisation a pour mission d’évaluer l’action climatique de la France et sa cohérence avec ses différents engagements (Accord de Paris, neutralité carbone en 2050, respect des budgets carbone). Présidée par le chercheur Jean-François Soussana, le conseil est composé de 13 membres hautement qualifiés, la plupart étant des experts et des scientifiques. On retrouve notamment parmi eux l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, l’économiste Selma Mahfouz ou encore la diplomate Laurence Tubiana. Le HCC est notamment chargé de publier chaque année un rapport portant sur le respect de la trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre et la mise en œuvre des politiques et mesures décidées par l’Etat et les collectivités pour réduire ces émissions.

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Mag : La France électrique

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